Richard Ruben: Le plus international des humoristes belges

Richard Ruben

Après avoir marié Gonzague, tout déballé sur sa belgitude, constaté que la planète est en sursis, Richard Ruben refait le monde en chantant et « en chanté ». Fin observateur de notre société, l’artiste flagelle ses congénères à coups de bons mots et égratigne tous les clichés d’une époque à la fois horrible et formidable.

Après le grand succès de son one-man-show, « Je suis Belge, mais ça ne se voit pas », l’humoriste revient avec une nouvelle création: « Richard Ruben En Chanté ! » Un spectacle dense où il chante la vie dans ce qu’elle a de meilleur, d’absurde ou d’improbable. Bruxellois au verbe haut et au trait intelligent, Richard Ruben est avant tout citoyen du monde et il a son idée sur la question.

Richard Ruben a grandi dans une famille on ne peut plus cosmopolite et il n’hésite pas à en parler dans ses spectacles. «Mon père est anglais d’origine égyptienne, ma mère est alsacienne née au San Salvador et j’ai du sang espagnol et italien, tout ça mélangé…Je suis « mondial », un bon mélange entre le nord et le sud ! C’est pour ça que je ne comprends pas que certains s’attachent à faire valoir un sentiment nationaliste, que ce soit en Catalogne ou en Flandre. Je me sens Européen, l’Europe est un pays, avec plein de défauts, mais il faut laisser du temps au temps » confie Richard.

Plus de 25 ans de carrière et un très beau parcours pour celui qui a débuté à 15 ans comme imitateur avant de passer à la comédie. « Entre 15 et 20 ans, j’ai fait des cabarets où j’ai pris de la bouteille et à l’âge de 21 ou 22 ans, j’ai décidé de devenir professionnel. En 1994, j’ai commencé à travailler avec des metteurs en scène avec qui j’ai beaucoup appris. Il y a eu Eric De Staercke, un homme formidable, ensuite j’ai travaillé avec Michel Kartchevsky et puis avec Sam Touzani qui a mis en scène le dernier spectacle « Richard Ruben En Chanté ».

« Je suis un show man »

L’humoriste s’est adjoint des collaborateurs de choix comme Armand Delcampe ou Pascal Légitimus… « J’ai eu d’autres expériences, plus fugaces mais néanmoins très belles. Je n’ai pas appris le b.a.-ba mais je me suis nourri de ces rencontres et j’ai passé des milliers d’heures sur scène : les représentations, les raccords, les répétitions, ça fait des heures, sans compter les italiennes qu’on fait encore à la maison. ».

L’écriture est un aspect essentiel du travail de ce performer insatiable qui écrit ses spectacles avec un co-auteur, Arnaud Bourgis, en collaboration avec le metteur en scène qui n’est pas simplement là pour lui donner des indications scéniques. «Le metteur en scène a un rôle d’accoucheur. Il m’accompagne tout au long du projet et on travaille ensemble les 50 pages que je lui présente. On peut changer l’ordre, ajouter, retirer… »

La recette de Richard Ruben pour faire un bon spectacle c’est la dramaturgie. Pour lui, l’essentiel est de raconter quelque chose qui a du sens. Un one-man-show ce n’est pas un fourre-tout. « Je suis un show man, j’aime toutes les disciplines, tous les personnages, inventés ou non. J’ai joué ma grand-mère égyptienne et les gens l’ont très bien pris ; quand c’est bien amené, ça passe bien. C’est universel, certains y voient une grand-mère italienne, une Polonaise ou une Marocaine. »

L’humoriste est souvent un peu sociologue et effectivement, les spectacles de Richard Ruben parlent d’époques. Dans «En sursis», on est à deux doigts de… A deux doigts de tout perdre, à deux doigts qu’il y ait la guerre… Il y parle déjà de la folie climatique, aborde des sujets qui sont dans l’air du temps, toujours avec humour, évidemment, même s’il est parfois grinçant. Du véganisme à Instagram, en passant par le djihadisme, tout peut attirer le regard acéré de l’artiste.

« Je ne suis pas là pour faire la morale »

«Je ne suis pas un leader d’opinions» précise-t-il. « Même s’il y a des humoristes qui pensent que leur parole a une portée. Pour ma part, je mets tout ce que j’ai envie de dire mais il faut que ça ne se voit pas, que ça soit subtil, c’est d’autant plus porteur. L’idéal c’est que les gens se marrent et ne se rendent pas compte sur le moment que c’est sérieux. C’est après qu’ils vont y penser… Les plus beaux messages ne se voient pas d’emblée. Si je me moque de Francken, les gens qui veulent savoir qui il est, iront voir… ça peut déclencher de l’intérêt. Une pièce de théâtre sert à ça aussi. Cela dit, je ne suis pas là pour faire la morale et je suis plutôt rassembleur. »

Et dans son nouveau spectacle, il rassemble, nous fait voyager et nous fait rencontrer du beau monde. Gonzague apparaît toujours, mais en filigrane. Ce personnage iconique, d’une grande puissance, a beaucoup évolué et n’a plus rien à voir avec le Gonzague des débuts. Devenu plus humain, il permet à l’artiste de dire des choses et de décrire la société sans moqueries. « Richard Ruben En Chanté » nous transporte dans un univers décalé, dans un mélange de jeux, de joutes verbales en performances vocales incroyables. Tout le monde ne le sait pas mais Richard Ruben est un excellent chanteur. Ses imitations et parodies de Jean-Claude Van Damme, Alain Bashung, Yves Montand et bien d’autres, sont maîtrisées et tout à fait bluffantes. Il les distille tout le long d’un périple familial à travers l’Europe, drôle et émouvant.

Pour la mise en scène de ce spectacle, il a fait appel à Sam Touzani, metteur en scène, auteur et ami, et ensemble, le duo a fait un travail remarquable qui pousse encore plus loin les limites du show.

Sur scène, il est accompagné par Thom Dewatt, musicien multi-instrumentiste de talent. Richard Ruben sait s’entourer. Que du bonheur pour vos oreilles et vos zygomatiques !

En rodage à l’automne dernier, le spectacle a été joué pendant 15 jours à l’Espace Magh à Bruxelles et a enchanté le public. Il sera le 16 mai prochain au Centre culturel d’Uccle. A vos agendas !

Carine CORDIER

Infos ?
Pour tout savoir: www.richardruben.com