Kid Noize: la découverte de nouveaux territoires

Kid Noize © Guillaume Kayacan

Seuls les grands artistes donnent vie à leur propre univers sans tomber dans le pathétique. Kid Noize fait partie de ceux-là. Ex-membre du groupe belge Joshua, il a pris son envol quelques années plus tard en tant que DJ, avec le succès qu’on lui connait. C’était en 2014. Cinq ans plus tard, il revient avec un nouvel album « The Man with a monkey face » dont la sortie coïncide avec la publication de sa première bande-dessinée.

Interview

Né à Anderlecht, vous vous êtes installé par la suite à Charleroi, une ville qui se trouve justement être au cœur de votre BD intitulée « L’homme à la tête de singe ». Pourquoi ce choix ?

C’était important pour moi de le faire. Je me suis installé à Charleroi il y a cinq ans et, à la même époque, je créais ce personnage. En faisant ce choix, c’est un clin d’œil que je rends à la ville qui a vu naître Kid Noize. Coïncidence, au même moment, Charleroi, elle, a commencé à se renouveler et à se dynamiser.

Il y a donc depuis une histoire commune qui les lie tous les deux ! A Charleroi, j’ai trois points de chute principaux : l’Eden, le Quai 10 et le théâtre de l’Ancre. Ce que j’aime ici, ce sont ces bâtiments culturels soignés. Ils sont beaux et ne tombent pas en ruine.

L’Eden, un point de chute où vous proposez d’ailleurs chaque année votre « Kid’s Club ». C’est important pour vous de garder ce contact avec les plus jeunes ?

Oui. Une fois par an, je tiens à me produire devant un jeune public. Le track listing ne change pas par rapport à un concert traditionnel excepté que nous l’adaptons en fonction des spectateurs qui se trouvent en face de moi : le son est moins fort, par exemple.

Je reçois beaucoup de demandes pour déménager ce concept dans d’autres villes, mais je les refuse toutes. Le Kid’s club est pour l’instant uniquement réservé à Charleroi parce que je ne veux justement pas qu’on me colle une image de « DJ » pour enfants mais bien de « DJ Carolo ».

Comment l’idée de créer Kid Noize vous est-elle venue ?

Elle a toujours été là. Kid Noize est le personnage que je m’imaginais lorsque j’étais enfant. Il était ce que j’aurais aimé être. J’ai grandi dans l’univers pop-culture des années 80. La Planète des Singes, Michael Jackson, ce sont ces influences, entre autres, qui ont créé le personnage à l’origine et qui continuent encore, à l’heure actuelle de le nourrir. Il est moi à du 200 % et je tente de le nourrir le plus possible de mes influences et de mes sentiments.

L’image et la musique sont-elles devenues indissociables à vos yeux ?

Ma passion pour la musique est née de ma passion pour les pochettes de disques. J’en collectionnais des tonnes, ce qui prouve que l’image était déjà bien présente. Et au fil des années, elle est devenue indissociable de la musique.

Comment vous est venue l’idée de conceptualiser ce personnage au travers d’une BD ?

Je rêve de faire de la BD depuis mon enfance. J’ai étudié à Saint-Luc à Bruxelles, puis enchaîné quatre autres années d’études à l’ERG (une école d’arts graphiques. Ndlr ). Ça m’intéressait d’en créer une mais cela demandait beaucoup de temps. La musique risquait de passer au second plan. Et un jour, j’ai envoyé un projet chez Dupuis. C’était une évidence de contacter cette maison d’édition. En plus d’être un lieu mythique de la BD, elle est aussi basée à Charleroi. Ça aussi, c’était important pour moi. La réponse a été rapidement positive. J’ai reçu une ou deux planches d’Otocto et j’ai su tout de suite que j’allais travailler avec lui. Là encore, c’était une évidence. Nous nous sommes vus et nous avons commencé à travailler ensemble. Maintenant nous bossons beaucoup par téléphone ou par mail parce qu’il habite en France. Mais cette aventure est assez extraordinaire à vivre.

Y aura-t-il bel et bien cinq tomes comme annoncé au lancement du projet ?

Je ne sais pas, il faut voir si les lecteurs vont suivre. Je rêve qu’il y en ait cinq voire davantage d’albums mais seul le temps le dira. Pour le moment j’ai de super retours. Certaines librairies sont même en rupture de stocks, c’est dire. Je ne m’attendais pas à un tel succès. Le deuxième tome, lui, avance bien. Le scénario est terminé. C’est super de voir le personnage évoluer dans son monde. Kid Noize est un personnage libre qui va, au fil des planches, voyager, beaucoup voyager. Cette expérience dans la BD me conforte dans l’idée qu’il faut faire les choses qui vous plaisent et ne pas forcément attendre un quelconque résultat. Le succès, c’est juste un cadeau que la vie vous fait parce que vous y avez cru !

Un disque, une BD, d’autres projets connexes sont-ils prévus ?

Oui, un Webtoon – une bande dessinée à lire sur smartphone – a été officiellement lancée lors du Festival international d’Angoulême. Un nouvel épisode sera disponible en ligne chaque semaine. Ici, nous axons principalement l’histoire sur la relation entre Kid Noize et son chien. Les intrigues comprendront une grande part autobiographique.

Ce chien existe-t-il dans la vie réelle ?

Absolument, tout comme la Mustang 77 que le personnage conduit. C’est la mienne. Elle apparait d’ailleurs dans mes clips.

La BD sort en même temps que votre deuxième album. Par rapport au premier album, le processus créatif a-t-il changé ?

Oui et non. Le processus en soit n’a pas changé. Une petite différence seulement : le premier rassemblait des singles nés des premiers concerts. Pour « The man with a monkey face », j’ai retenu des morceaux que le public n’avait jamais entendus. Mon envie, c’était de faire un album plus « tropical » (à l’image de sa pochette d’album où il entre dans la jungle. Ndlr ) et positif. Il me semblait que le premier était un peu plus sombre. Et je voulais corriger ça.

Kid Noize porte un masque. Les Daft punk porte un casque. A quand un morceau les réunissant tous ?

J’en serais très honoré mais c’est à eux qu’il faut retourner la question. Moi, en tout cas, je suis prêt ! (Rires )

Sandra Zatloukal