Dusch : la liberté et l’audace du geste ultime

Dusch

C’est dans sa maison dans la campagne à Waret L’Evêque, près de Héron, que nous avons rencontré le peintre Dusch, après avoir repéré ses grands formats exposés cet été à la Maison Lemonnier, à Lavaux-Sainte-Anne. Une façon de peindre interpellante qui nous a donné envie de mieux connaître cet artiste libre, hyperactif et boulimique.

Quand nous le rencontrons, Dusch est en train de préparer une exposition à Huy. A bientôt 65 ans, il a pourtant pris un certain recul et a freiné un peu ses activités mais il compte bien redémarrer quelques expositions. Ce sera d’abord  la Lux Art Fair, en décembre, puis la France. En 25 ans, Dusch a peint (et vendu ) un nombre incalculable de toiles. Il a exposé principalement en France, en Belgique mais ses œuvres sont parties un peu partout dans le monde : en Allemagne, en Angleterre, en Inde, au Japon, aux Etats-Unis…

Dusch, c’est Docteur Jekyll et Mr Hide : le jour, c’est Maurice Albert, responsable marketing dans une grande entreprise de construction ; la nuit, dans son atelier, revêtu toujours du même sarrau couvert de tâches de peinture, il devient Dusch, artiste peintre. « Je fais bien la part des choses entre mes deux métiers, ce sont deux univers que je ne mélange pas. La peinture est un exutoire dont j’ai toujours eu besoin, elle a une certaine violence qui me permet de me faire plaisir. » Mais comment Maurice Albert est-il devenu Dusch ? « C’est le surnom que l’on m’a toujours donné, dès mon enfance et mon adolescence à Rochefort. Beaucoup ne connaissent pas mon vrai nom. »

Autodidacte, Dusch n’a pas fait l’Académie. Mais ses études dans le graphisme et la publicité l’ont ouvert au monde de l’art. « Je peins depuis l’âge de 14 ans mais j’avais des lacunes, j’ai exposé pour la première fois à 40 ans. J’ai appris beaucoup de choses dans les années 70, j’ai touché à tout, avec une préférence pour le dessin et la peinture. Je faisais du figuratif, beaucoup de portraits. J’ai été fort influencé par Bernard Buffet, je me suis dit : je veux peindre comme lui. Beaucoup d’artistes m’ont aidé à me perfectionner. La peinture m’a toujours permis de me faire plaisir, je peins pour moi, pas pour exposer ni pour vendre. Je suis passé à l’abstrait pour donner encore plus de plaisir à la couleur et au geste, et plus d’importance à l’instant, au moment. Je suis juste tenu par le format de la toile. J’essaye d’y apporter de l’harmonie, de la profondeur, du rythme, de la lumière. Je peins surtout le soir et la nuit car j’aime la lumière halogène sur la peinture, elle en révèle mieux les nuances. Il faut oser le geste qui peut gâcher tout, ne pas avoir peur. Certaines toiles me torturent longtemps et puis tout à coup, c’est le soulagement : basta, elle est bonne ! »

Dusch affectionne les grands formats carrés et accorde une importance capitale aux couleurs.  Des couleurs nature : terre, bronze, terre brûlée, souvent mélangées avec du rouge. Le rouge est en effet omniprésent et occupe soit toute la toile, soit de petites touches, soit un seul petit point que l’on s’amuse à repérer. Couleurs froides ou chaudes, il cherche et ose tout. Il réalise aussi des toiles très « flashy », où les couleurs vives s’entrechoquent sur de très grands formats.

La visite de son atelier nous le prouve : Dusch travaille surtout au couteau, racle la peinture, passe et repasse des centaines de fois sur la même toile, travaille à coups de griffes et de couteau, remet de la matière puis la retire, et met beaucoup de pigments dans ses couleurs. « Mes toiles ont deux vies, leur lecture est différente à la lumière du jour et à la lumière artificielle. Ces deux sources de lumière sont capitales dans mon travail. L’halogène révèle la superposition des couches de peinture qui ressortent différemment. » Quand la toile est déjà bien avancée, structurée, il pose un geste audacieux, projette de la peinture avec une technique et des ustensiles qui n’ont rien d’académique : un geste qui peut tout détruire… ou l’améliorer. On vous le disait : un artiste libre et rebelle.

Ch. Rasir