Des clés de voiture aux clés du Sporting de Charleroi

Nul Carolo ou presque, n’ignore le nom de Mehdi Bayat. En quelques années, sa philosophie et le travail de son équipe ont permis de faire passer le Sporting de Charleroi d’une équipe de football luttant pour sa survie en division 1 à un club bataillant pour le titre. Pour les lecteurs du Hello Charleroi, le franco-iranien-carolo d’adoption revient sur son parcours et son attachement sans faille pour la ville de Charleroi.

Quel a été votre parcours avant votre arrivée au Sporting de Charleroi » ?

Je suis né en Iran en 1979 dans un pays en pleine révolution. On a quitté le pays avec ma famille quand je n’avais pas encore un an pour s’installer dans le Sud de la France. Ensuite, j’ai fait une école de Commerce à Nice avant de partir en Iran pour des vacances qui devaient durer deux semaines mais que j’ai finalement prolongées d’un an. Ce voyage m’a permis de connaître mes racines et mes origines. Au bout d’un an, je suis revenu en France, à Paris. J’y suis resté encore un an avant de rejoindre en 2002 la Belgique et mon oncle (NDLR : Abbas Bayat) qui était déjà le propriétaire du Sporting de Charleroi.

Qu’est-ce qui vous a décidé à quitter Paris pour Charleroi ?

J’ai reçu un appel de mon frère (NDLR : Mogi Bayat) qui était manager de Charleroi. Il m’a dit qu’il y avait un boulevard au niveau de la cellule commerciale. J’ai accepté le défi et du jour au lendemain je me retrouvais dans une ville que je ne connaissais pas. Pierre-Yves Hendrickx qui était et est toujours, le secrétaire général du club, m’a donné les clés d’une voiture, d’un bureau et c’était parti.

Vous devenez responsable commercial du club ?

Oui et ma mission consistait à relancer toute une dynamique. Chercher des partenaires, des sponsors, vendre des sièges VIP, business et surtout, recréer un réseau.

Comment s’est passée votre intégration ?

Très bien, j’étais un gamin de 24 ans et c’était important pour moi de sentir directement toute cette chaleur humaine. Au niveau du boulot, je ne savais pas trop par où commencer. J’ai donc pris un fichier clients existant et j’ai commencé à démarcher.

Vous rappelez-vous de votre premier client ?

Evidemment. J’avais rendez-vous dans un magasin de meubles au Boulevard Tirou. Pour un trajet aussi simple que cela, j’ai mis plus de 35 minutes en partant du stade. Etant nouveau dans la ville, je me suis perdu et il faut dire qu’il n’y avait pas encore de GPS à cette époque pour m’aider. Une fois sur place, l’accueil a été très chaleureux et bingo, premier rendez-vous, premier contrat signé. Je suis ressorti de là hyper motivé et plein de confiance pour la suite.

Comment s’est passée la suite ?

Les dix années suivantes, on a vécu des hauts et des bas jusqu’à ce que mon oncle quitte le navire et que je reprenne le club en 2012 avec mon ami Fabien Debecq.

Vous sentiez-vous prêt pour cette nouvelle aventure ?

Oui. J’ai été à bonne école pendant dix ans, une école dure avec des moments très difficiles mais qui m’a permis aujourd’hui, je pense, d’être un bon patron. Nous essayons depuis 6 ans de mettre en place un plan stratégique avec une vision à moyen et long terme. Le but était de rendre le Sporting à la ville et aux Carolos. Le club appartiendra toujours à la ville alors que nous, nous ne sommes que des gens de passage. Avec la nouvelle équipe qui est autour de moi, on veut vraiment marquer l’histoire du club en respectant des valeurs qui nous sont chères.

Qu’est-ce que l’on se dit quand on débarque à Charleroi en provenance du Sud de la France ?

On se dit pleins de choses. De par mes responsabilités, j’étais amené à voyager partout en Belgique. La plupart des gens me posaient la question: tu as vraiment quitté le Sud pour Charleroi? J’avais vraiment l’impression que pour eux, j’avais laissé le paradis pour l’enfer. Et bizarrement, la seule chose à laquelle je ne me suis pas adapté, c’est le temps.

Vous êtes devenu un ambassadeur de Charleroi?

Je défends les valeurs de la ville partout où je vais. Il y a beaucoup de bonnes choses ici et la ville est en train d’évoluer de façon très positive. J’ai beaucoup plus facile aujourd’hui de convaincre sur le potentiel de Charleroi que lors de mon arrivée. à l’époque, je devais luter avec les gens, même parfois m’énerver. Il faut arrêter de penser que Charleroi, c’est Chicago! Ce n’est pas le cas.

Vous sentez-vous Carolo?

En effet, on peut dire que je suis aujourd’hui, un Carolo d’adoption. Quand on me demande ce que je suis, je réponds : un franco-iranien-carolo d’adoption. Je me sens profondément Carolo. Je le revendique et le dis haut et fort. Ce sera à jamais gravé au fond de moi.

Benoît Dekeyzer