70 ans d’Abarth, le vieux Scorpion pique encore

Si on vous dit «marque sportive italienne», vous penserez immédiatement aux noms les plus prestigieux, comme Ferrari ou Lamborghini, voire Alfa Romeo. La marque qui fête ses 70 ans cette année est pourtant aussi célèbre, malgré une vie consacrée à gonfler à bloc des pots de yaourt. Voici l’histoire d’Abarth.

Karl Abarth est né en 1908 à Vienne, dans ce qui était encore l’Empire Austro-Hongrois. Il n’a que 17 ans quand il se lance dans la vie active et dans sa passion de toujours qu’est la mécanique, en l’occurrence chez le prestigieux carrossier italien Castagna. Mais il s’en est fallu de peu pour qu’on ne connaisse jamais Abarth telle qu’elle est aujourd’hui.

Multiple Champion d’Europe

Car c’est ensuite sur deux roues que sa passion prend de l’ampleur. Car en 1927, il rentre en Autriche et travaille pour un constructeur de moto, notamment en tant que pilote. Il participe à de nombreuses courses, et en gagne suffisamment pour décrocher plusieurs fois le titre de Champion d’Europe de sa catégorie. Bref, c’est peu de dire que le virus de la vitesse est en lui. Malheureusement (ou heureusement), un sérieux accident l’éloigne de la moto. Mais il ne s’en éloigne pas trop, puisque c’est alors un Sidecar redoutable qu’il crée. Il mettra sa création à l’épreuve en 1932, en faisant la course entre Vienne et Ostende contre… l’Orient Express. Et devinez qui fut le plus rapide sur ce parcours de quelque 1.370 km ?

Premiers pas dans l’automobile

Revenu définitivement en Italie en 1937, Karl Abarth, qui ne tardera pas à se rebaptiser lui-même Carlo et à prendre la nationalité italienne, se lie d’amitié avec un autre ingénieur très prometteur, qui met son talent aux services de différents constructeurs. Un certain Ferdinand Porsche. Les projets ne manquent pas, mais la situation politique tant en Italie qu’en Allemagne ou en Autriche ne profitent pas à Abarth qui, pour simplement vivre, doit se résoudre à accepter des jobs bien éloignés de sa passion, comme par exemple… la vente de tapis. Puis le ciel s’éclaircit enfin après la Seconde Guerre Mondiale. Porsche père étant «retenu» en France, c’est avec son fils Ferry et quelques autres qu’Abarth s’associe, pour fonder en 1946 la marque Cisitalia, dont la vocation première est la compétition. La marque se fera une belle réputation au fil des ans, et produira aussi quelques GT restées dans l’histoire. Mais dès 1948, les problèmes financiers de Cisitalia incitent Abarth à voler de ses propres ailes. Il fonde donc Abart & Co en 1949, et choisit pour emblème son signe astrologique, le scorpion.

Coup de pot

On le sait déjà, Carlo Abarth est passionné de performances, et vient de constater avec Cisitalia qu’avoir les yeux plus gros que le ventre ne mène pas au succès. Il décide alors de commencer plus simplement, sur un marché qui n’existe pas encore vraiment, celui du tuning. Sa première idée est de proposer un pot d’échappement modifié pour la Fiat 500, qui permet de tirer un peu plus de puissance du moteur, et surtout de déjà installer la marque de fabrique Abarth : une sonorité très expressive et très évocatrice, dont le public raffole immédiatement. 70 ans plus tard, l’échappement très sonore est toujours le signe distinctif des Abarth actuelles.

L’activité d’Abarth prend de l’ampleur dès 1955, suite au lancement de la Fiat 600. Pour elle, ce ne sont plus que des pots qui sont proposés, mais une jolie caisse en bois renfermant un kit de transformation mécanique. Moyennant des interventions relativement simples et peu coûteuses, ce kit permet de porter la cylindrée de la Fiat de 600 à 750 cc, et d’en doubler la puissance. Ainsi inoculées au venin de scorpion, les petites 600 deviennent d’authentiques machines de course, qui enchaînent les victoires, tout comme le font les quelques barquettes et protos de compétition qu’Abarth développe parallèlement à son activité «civile».

Fiat voit tout cela avec la plus grande bienveillance, et accepte dès les années 60 de vendre à Abarth des 600 dépourvues des éléments mécaniques qui seraient de toute façon modifiés. Abarth peut alors donner libre cours à sa folie, portant la cylindrée de la 600 à 850 et même 1.000cc, lui offrant jusqu’à 115 ch et l’équipant de raffinements techniques encore rares, même dans l’automobile de prestige, comme les freins à disques aux quatre roues, la boîte 5 rapports ou les suspensions à amortisseurs télescopiques et ressorts hélicoïdaux. Mieux encore, ces voitures sont vendues sous la marque Abarth. Une marque qui ira même par la suite jusqu’à développer ses propres modèles. Les bases techniques sont certes toujours Fiat, mais les carrosseries sont parfois confiées à de grands maîtres, comme celle de la 750 Zagato.

Le rachat

En 1971, Fiat décide de ne plus livrer ses bases techniques à Abarth. Carlo se voit contraint de vendre son entreprise au géant turinois, qui fait d’Abarth sa nouvelle branche sportive. A ce titre, Abarth jouera un rôle essentiel dans le développement de modèles sportifs du groupe, comme les Fiat Ritmo TC et Autobianchi A112, mais aussi de championnes de rallyes, telles les Fiat 124 et 131, et même la légendaire Lancia 037.

Dans les années 80, le nom Abarth se fait discret. Peu à peu, le scorpion n’apparaît plus que sur des accessoires (jantes, spoilers…) des Fiat un tant soit peu sportives, de la Uno à la Punto, en passant par les Cinquecento et Seicento. Ce n’est qu’en 2007 que Fiat se rappelle du potentiel énorme de la marque, qui est alors relancée comme telle, et fonctionne comme aux origines : en vendant des kits de préparation pour la 500 et la Punto, puis en vendant sous son nom des voitures profondément modifiées… et très sonores.